jeudi 30 juillet 2009

Booz endormi

"Booz ne savait point qu'une femme était là,

Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.

Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle

Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle;

Les anges y volaient sans doute obscurément,

Car on voyait passer dans la nuit, par moment,

Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

La respiration de Booz qui dormait

Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.

On était dans le mois où la nature est douce,

Les collines ayant des lys sur leur sommet.

Ruth songeait et Booz dormait; l'herbe était noire;

Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement;

Une immense bonté tombait du firmament;

C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth;

Les astres émaillaient le ciel profond et sombre;

Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre

Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,

Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,

Avait, en s'en allant, négligemment jeté

Cette faucille d'or dans le champ des étoiles."

Hugo (extrait)

mercredi 29 juillet 2009

c'est à nouveau l'été

J'ai commencé ce blog il y a près d'un an. Je m'ennuyais sur la fin de mon séjour en Lettonie et j'avais trouvé ce moyen de laisser le temps couler sans l'impression de le gâcher comme parfois lorsqu'on ne fait rien.
Je l'ai tenu relativement assidûment au début, puis encore régulièrement après mon retour en France, puis de façon plus sporadique, puis plus du tout.
C'est un blog mal tenu et qui s'est épuisé en cours de route, et cependant, depuis quelques jours, dans ce plein mois de juillet, la langueur de l'été et de nouveau un peu d'ennui au boulot aidant, l'envie d'y revenir revient.
J'y reviens, prudemment.
Il y a un mois et demi mon dernier message, où je disais tâter le terrain; je n'ai effectivement fait que le tâter, ne m'y suis pas engagée. Maintenant que ce blog a perdu les quelques lecteurs fidèles qu'il a eu un jour, je suis beaucoup plus libre car non tenue par l'idée qu'il sera lu par tel ou tel; il ne le sera plus, puisqu'à force qu'il ne s'y passe rien, je pense qu'on abandonne le lien, on arrête d'aller voir, on va voir autre chose, et c'est là, à présent que tout le monde est parti, dans ce mois de juillet fort et violent qui déjà touche à sa fin, que je me remets en selle, et je m'imagine être un cow boy solitaire sur la plaine, car il fait chaud, et que la plaine est déserte, et de nouveau cela m'amuse, cela m'amuse. C'est comme s'agiter à l'heure de la sieste lorsque toute la maisonnée est calme, que les adultes se reposent, car les adultes ont besoin de se reposer, et de trouver des jeux qui résonnent d'un son particulier dans ce calme de la sieste, lorsque plus personne ne fait attention à nous.
Et c'est à nouveau l'été, le plein été, et bientôt le milieu exact de l'été.

lundi 27 juillet 2009

Quelque chose noir

Quelque chose noir a été publié en 1986 par Jacques Roubaud, oulipien entre autres; il s'agit d'un recueil de poésie, court, parcouru d'une tension très forte, tissée de la douleur indicible d'un deuil. C'est un bouquin magnifique, lu il y a quelques années; je viens de m'en souvenir