mardi 29 septembre 2009

les petites insomnies

La nuit chahute, tire sur la ficelle.
Dans mon dos il y a un souffle. Chaque souffle appartient à une nuit différente (est-ce le souffle de la nuit qui me fait dérailler? Je loupe le train une nuit sur deux).
Nuits insomnieuses de septembre, nuits épuisées, pas encore blanches, il y a des endormissements, tardifs - matinaux.
La soif, la chaleur, un frisson, des présences traversent l'espace de la nuit, y percent des trous.
Le sommeil est en vadrouille; de légers assoupissements parcourent le temps; où es-tu mon dodo? Je serre quelque chose contre moi comme une prière née du sommeil, et soupire en pensant au réveil en attente de sonner la fin du temps imparti, et à la journée vidée de force qui suivra.
C'est la saison des petites insomnies, des entre-deux, la mi-saison; ça va passer quand arrivera l'hiver, lourd, froid, oublieux, dans les poches les potées, les choux, les poireaux, les soupes, les navets, le céleri, les patates, les pot-au-feu qui constituent sa lourde traîne soporifique.

day number twelve

Demi-croissant, tartines au miel, 2 bols de thé et en route pour la montagne.
Cahors, Montauban, Toulouse, Foix, Ax-les-Thermes, Puymorens, Porta.
Petit détour par l'Andorre pour ce qu'on sait. A ce moment la pluie se met à tomber et elle tombe de plus en plus fort jusqu'à notre arrivée au gîte; on écoute West side story.
Porta, toits de grosses ardoises, pas un commerce, le village est désert dans l'humidité du soir, derrière la montagne s'élance.
Plus tard, repas chaleureux au gîte, lasagnes maison, on parle du secret bancaire en Andorre et des mafias. Un randonneur espagnol arrive tardivement, il semble épuisé; il se met à table avec nous, commence à manger ses lasagnes puis fait une syncope.

back to day number 11

Départ demain pour les Pyrénées; on prépare nos affaires et l'itinéraire.
Je peins des boîtes en bois que je compte rapporter un de ces quatre avec moi à Paris.
Je repense à mon sentiment intense de contentement hier, le petit-déjeuner dans la cour du bâtiment de location de canoës, face à la rivière, les croissants et le thé dans le petit matin avant le départ en gabarre.
Plus tard, les discussions au fil de l'eau avec Coco, la certitude de l'existence de mondes intérieurs qui entrent en résonnance, mais également la fragilité du sentiment de sérénité - il s'agit d'une lutte douce avec soi et avec le monde.
J'ai fini la peinture et je me sens toute épuisée, la chaleur y étant pour quelque chose. Je frotte des résidus de peinture blanche sur mes doigts, mes bras.
Plus tard. Affaires prêtes, bientôt minuit. P. sur la terrasse écoute de la clarinette à la radio.

back to day number 10

Il est 8h30 le matin; nous partons en gabarre avec Coco.
Quelques brumes restent accrochées aux falaises de la rive droite, s'effilochent sur les champs de maïs rive gauche. On remonte la rivière jusqu'à Trémolat. En fait ce n'est pas une gabarre, c'est un courpé. Le temps est hésitant: on sort les pagnes et on se couvre.
Au retour, après un café au banana, on reste à flâner au bord de l'eau; longues baignades et jeux dans l'eau, bronzette sur le ponton, pique nique sous la tonnelle, pliage des tentes, pot au café du barrage, départ en canoë pour aller récupérer le courpé resté à Trémolat, et retour sur la Dordogne si paisible, sombre aux reflets dorés sous la lumière du soir; remorquage d'un petit voilier en panne de vent; on grignotte un truc avant de se séparer; Coco nous livre quelques conseils pour la vie et on reprend la route vers 21h, à la tombée du jour.
A Px, on prolonge la soirée sur la terrasse des voisins - on arrive à temps pour la tarte aux fraises ("elle est délicieuse ta quiche Brigitte!"). J. Nous rejoint; un petit blanc d'Alsace par-dessus, discussions très animées et dodo vers 1h30.

back to day number 9

Lever tôt - avec les cloches. Départ en camion avec un canoë 4 places à l'arrière pour visiter les cluzeaux, mis à découvert par une brèche dans le barrage qui a fait baisser le niveau de la rivière.
Balade dans les brumes matinale qui traînent en toiles d'araignée sur l'eau et se diluent dans le soleil au fur et à mesure qu'il monte dans le ciel.
On prend un café dans un jardin, refusons poliment la bière, puis retour sur Mauzac, perrier sous la tonnelle avec tous les vieux du village.
Après-midi baignade, M. nous rejoint, on ressort les canoës puis on saute depuis le pont de chemin de fer en criant. Apéro avec le comité des fêtes pour finir le fût de bière entamé hier pour le marché gourmand.
La nuit, on a regardé longtemps les étoiles, M. s'est baignée dans l'eau noire, j'avais mal à la tête.

vendredi 25 septembre 2009

back to days 7 & 8

La veille on a veillé A. et moi - petit déj tardif et départ en milieu de journée direction Vergt- Lalinde, Mauzac-Grand Castang.
Le gîte de l'école de voile est bien ouvert mais le patron, qui se trouve être le maire, fait une régate à la Rochelle; personne à l'accueil, on rencontre juste les jeunes d'un chantier de bénévoles qui y dorment et sont attablés dans la cour.
Du coup on part s'installer au camping, sur les indications de la seule personne encore présente à la Mairie dans ce trou noir qu'est le mois d'août. Les gérants du camping, qui tiennent également la seule épicerie du village, ne sont pas là eux non plus, qu'à cela ne tienne, installez-vous, vous verrez ça plus tard, je crois qu'ils reviennent demain.
Le bled est désert, c'est l'heure chaude, l'unique café fermé, il y a bien un resto avec une terrasse ombragée sur la rivière mais décommandé. On trouve à un truc à grailler vers 15h00 à Sauveboeuf.
Puis baignade au niveau de Limeuil dans le fort courant né du confluent Dordogne-Vézère.
Retour par les petites routes en suivant la rive gauche, léger battement de coeur à Alles s/ Dordogne - souvenirs de balade en vélos dans le plein élan de l'adolescence, et d'autres plus intimes pour A.
On plante la tente et on va dîner à Lalinde sur une grande terrasse couverte par la glycine. Le menu est très copieux, une énorme tranche de foie gras mi-cuit suivie d'un émincé de canard aux pois et coupe glacée par-dessus. On repart tard et lourdes vers notre tente, mais j'ai eu le temps d'admirer le nombre incroyable de cygnes et le limon vert doré de la Dordogne à cet endroit.
Le lendemain nous passons la journée entière sur l'eau à bord d'un canoë. Je rame longuement et avec beaucoup de plaisir. Nous pagayons jusqu'au soir, jusqu'à ce qu'il soit l'heure de la fête du village.

mercredi 23 septembre 2009

back to day number 6

Déjà dans la nuit nous avions vu des nuages se lever au sud-ouest. Au matin le ciel était couvert et les grillons s'étaient tus - ils cessent de frotter leurs ailes quand l'air est humide ou bien elles ne crissent plus?
Toujours est-il que dans la campagne environnante régnait un calme étrange; au réveil tout était silencieux.
Qu'avons-nous fait la matinée si ce n'est sentir la chaleur monter comme une grosse pierre brûlante qui nous écrasera sans doute vers midi?
Nous sommes parties nous balader à pied dans la campagne, il y a eu quelques gouttes de pluie je crois et la chienne suivait à distance, car l'âge la ralentit. Toujours ce désir quelque part mais suffisamment flou pour ne donner lieu à rien.

lundi 21 septembre 2009

balade

J'ai fait un énième tour de grand-roue, une nouvelle semaine révolue, suis dans le charriot qui lentement tourne, à regarder Paris en bas et tout autour, et plus loin aussi.
Oh! c'est beau, le Sacré-Coeur dans la brume du soir!
Le plus souvent c'est en revenant du bassin de la Villette que l'on tombe dessus, quand on arrive sur le jardin d'Eole, avec le dégagement créé par les voies ferrées derrière; la basilique apparaît alors à contre-jour, plein Ouest sur sa butte, elle dégage une irradiation tranquille et majestueuse dans les couleurs du couchant.
Ou bien lorsque l'on rentre par le haut de la rue de l'Evangile comme hier, où j'ai vu sa silhouette blanche et brumeuse se détacher au sud et dans le crépuscule encore une fois (les balades sont tardives).
Plus tôt:
le 104, ses bobos et la fin d'une répétition théâtrale (haïkus de prison - une histoire de goulag?).
La promenade dans le 19è, les drôles de palmiers plantés dans le haut de la rue Curial, l'école dessinée par les architectes de la Ville de Paris; la place Hébert qui s'anime vers 20h, les trois cafés face au square, la piscine qui se cache au bout, où j'ai nagé avec tellement de plaisir (le soleil qui m'éveuglait par la verrière ouverte lorsque j'étais sur le dos).
Les tours aux formes étranges le long de l'avenue de Flandre; le commencement du canal saint-denis, une péniche baptisée rose transportant gravats et sables qui entrait dans l'écluse; une ancienne manufacture restaurée, brique propre et polie, rue de Cambrai (des sièges de grosses boîtes actuellement, ou le régne de l'hyper artificialité sécurisée: la voie n'est pas libre).
Par certains côtés, dans la clémence de ces journées de septembre, on pourrait se croire dans la ville blanche, à Tel Aviv, avec tous ces immeubles blancs, modernes pour la plupart, et ces quelques palmiers incongrus, et cette affiche renvoyant justement à une exposition d'architecture sur Tel Aviv qui doit se tenir en ce moment.
Je joue avec le feu, les gens vont et viennent dans mon bureau pendant que je complète ce message, il y a un léger sentiment de danger à être ici sur ce blog et au travail également, mais la réunion de ce matin était si longue, tellement d'ennui refoulé pour afficher une tête appliquée à suivre, enregistreuse, concentrée, et leurs voix m'insupportent de plus en plus.
J'ai envie de partir....
j'attends dans la grand-roue du manège que le charriot se décroche et m'emporte ailleurs, dans un autre bureau, avec des murs peints en jaune et bleu, des plantes vertes et graciles et surtout avec un autre chef (mais si je pouvais garder ma collègue, je l'emporterai bien avec moi).

day number 4 (suite)

Tiens Eva, tu sais, la question de l'existence/ du sentiment d'exister est visiblement à la mode à notre âge.
Je n'aime pas les routes rectilignes, j'aime les chemins sinueux, les paysages brouillés, difficiles à lire.
Cependant j'aime les peupliers, qui sont droits et régulièrement alignés dans leur peupleraie, ou bien le long d'un cours d'eau.
Peut-être vais-je commencer à aimer les bouleaux depuis l'histoire de "qui du saule ou du bouleau..."
(le coup de la fille nulle en arbres mais fairplay)
Deux jeunes contrôleuses passent dans l'allée centrale. A laquelle appartient la petite voix insupportable, aigrillarde, la blonde ou la rousse?

samedi 19 septembre 2009

Back to day number 4

Grand crème sur la place Saint-Mich à Bordeaux. Plein soleil au bistrot de l'Atlas; deux grandes théières fumantes de thé à la menthe et des chocolatines pour prolonger le ptit déj.
On s'est retrouvés la veille, on a passé une très bonne soirée, et puis chacun s'en repart vers des directions différentes.
Train Bordeaux-Marmande à la mi-août.
Une bonne vieille chaleur nous terrasse et nous laisse abrutis sur nos sièges.
Je remonte mes cheveux plus haut. A ma gauche une fille joue les mannequins, coloration, coupe, coiffage impeccables; elle va retrouver son amoureux qui l'attendra dans la fournaise d'un quai agenais en mangeant des pruneaux.
(Mais où est passé mon Kawabata?)
Il y a un homme sur le quai qui attend un train qui ne viendra peut-être jamais. Il décide de s'installer dans la cabine en verre -effet de serre-, plein soleil mais avec un banc.
Campagne odorante... n'ai pas souvenir d'avoir déjà pris ce train.
Un beau corps de ferme avec une twingo rouge dans la grange et un épouvantail dans le champs à côté.
Je me suis dit, tout le monde a dit "repose-toi", "pense à toi", mais comme on se le demandait dans la voiture qui nous menait à Bx avec A., qu'est-ce que ça veut vraiment dire penser à soi ?
Oublier les autres? Ne rien attendre de l'extérieur? Trancher les liens qui nous soumettent? Rompre un vieux système d'allégeances à ces deux entités, les Autres et les Choses?
Vivre uniquement pour soi?
Mais que peut bien vouloir dire penser à soi...
Ne pas se mettre en danger? Ne rien risquer? Autant cesser de respirer.
ça me rappelle ce poème, Prière... "Mon Dieu donnez moi ce qui vous reste, donnez-moi ce que l'on ne vous demande jamais..."
Je repense aussi à Lanza del Vasto.
La contrôleuse qui annonce les gares a une voix insupportable et mange les mots.
J'assiste, l'espace de courtes secondes (les secondes ont ici une durée subjective) aux retrouvailles d'un petit garçon blond et de son père sur le quai de la gare de Cerons, et c'est émouvant cette spontanéité de la tendresse du petit, l'immédiateté de sa réaction d'affection à l'égard de son père, et le sourire contenu mais heureux du père qui s'agenouille pour serrer dans ses immenses bras son petit garçon blond.
Il y a beaucoup de vignes. Le mannequin à gauche passe son temps à se lisser les cheveux et à s'éventer avec... son billet de train?
Devant elle il y a un connard sur lequel je ne m'attarderai pas.
Des vignes et des chênes.
Et l'insupportable voix de la contrôleuse qui annonce Langon.
Espérons que j'ai regardé le connard avec un regard suffisamment appuyé pour qu'il comprenne.
Il faut sans doute savoir se perdre dans une sorte de bout du monde pour se rencontrer.
Quête de soi au milieu des vignes.

jeudi 17 septembre 2009

sommmmmmeil

c'est marrant comme lorsqu'on dort très peu on a un goût particulier dans la bouche, une sorte de soif impossible à étancher avec de l'eau, les yeux qui bourdonnent, ou qui sont grillés, la peau douceâtre - le manque de sommeil serait-il émollient?
Hier après la bière dans le temps maussade et la fraîcheur du début de soirée au Smoke avec E., j'ai rejoint B. pour un ciné et nous avons fait un détour par le bar de l'Ourq avant la séance; nous avons vu District 9, dont il ne me restera pas grand-chose sans doute d'ici quelques mois mais qui a de l'intérêt quand même.
En me couchant une terrible fringale que j'ai eu la flemme d'assouvir car la nuit était bien avancée déjà, je cherchais à dormir, mais le train était passé et je pensais à des plats de pâtes, du rôti, de la tomme de chèvre sur un morceau de pain frais, et ce désir de manger me tenait d'autant plus éveillée.
J'ai dormi avec beaucoup de parcimonie du coup la nuit dernière et j'espère dormir tout mon saoul au contraire cette nuit. D'ici là... pourvu qu'il y ait du vent pour gonfler mes voiles et me faire avancer!

mercredi 16 septembre 2009

Paris est une fête

Un bouquin écrit sur le tard par Hemingway, qui revient sur ses années parisiennes et ses débuts d'écrivain.
ça n'est pas un roman, c'est un livre écrit par un vieux qui veut se souvenir, qui a plaisir à se rappeler cette genèse et sa jeunesse sans doute; ça n'est pas un grand bouquin, ça se lit avec assez de plaisir - et de facilité.
J'ai appris qu'il y avait encore des chevriers à Paris entre les deux guerres; Hemingway en évoque un qui passe avec son troupeau vendre du lait au porte à porte du côté de la place de la Contrescarpe. Il évoque aussi beaucoup le quartier du Montparnasse, N-D-des Champs, la Closerie des lilas, le moment où les serveurs qui sont là depuis des années doivent se raser la barbe etc. Quand on sait ce qu'est devenu ce quartier, c'est amusant de se plonger dans ce qu'il était alors, où au comptoir d'un de ces cafés on croisait un Cendrars aviné et d'autres, en train de boire ou d'écrire.
Il y a 2 ou 3 chapitres consacrés à Francis Scott Fitzgerald, qu'il a connu et avec lequel il s'est lié durant ses années françaises, ce qui m'a permis de faire la transition avec le bouquin que j'ai lu juste après : Alabama song (merci dine).

le retour des corbacs

Fallait bien que ça arrive; temps absolument maussade de rentrée, les couleurs sombres, les vestes et les manteaux refont surface, on quitte sandales et ballerines pour les bottes et en arrivant au bureau ce matin j'entends le croassement lugubre de mes amis les corbeaux.
Il y a un an, j'étais tranquillement inactive dans le Sud-Ouest, à me dorer sur le balcon, à prendre des pauses naïves devant le bananier, à admirer la lumière verte qui filtrait dans les toilettes - ah! les feuilles du bananier tamisant la lumière du soleil...
Il faisait un temps délicieux...
Mais voilà, septembre cette année est arrivé avec sa clique de clichés et je crois que je suis de mauvais poil aujourd'hui.
Un rêve de fleuve et de forêt au Brésil s'attarde dans ma tête - images qui surnagent de la nuit.
Les goûters aux écorces confites ne sont pas mes gâteaux préférés mais trempés dans le café ça a quand même un côté réconfortant.
Mon envie de café n'est pas assouvie alors je retourne vers la cafetière, mais là c'est un nouveau petit drame: plus de café.
Il y a des jours comme ça...

lundi 14 septembre 2009

soleil du matin

Avant de commencer à ne pas travailler en ce lundi matin envie d'écrire quelques mots; ensuite la journée file et les mots s'enfuient, et l'envie aussi souvent.
Il faut écrire de bon matin, ou le matin, il faut saisir cette petite énergie qui nous vient d'une journée à venir, une journée qui s'étend, plane et tranquille devant nos yeux, la saisir et essayer d'écrire.
Lever, buée sur les fenêtres: le temps semble maussade, un temps de lundi matin en septembre; et cependant, après la douche, les nuages filent, il y a des trouées bleues qui apparaissent dans le ciel et quand je quitte l'appartement, le ciel est bleu, de ce bleu lavé d'après la pluie, et les nuages volent haut.
Je pense au poème de Verlaine, Après trois ans, où il évoque le soleil du matin, et en recherchant ce poème, je trouve également cet autre de verlaine: le soleil du matin doucement chauffe et dore.

Après trois ans

"Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,

Je me suis promené dans le petit jardin

Qu'éclairait doucement le soleil du matin,

Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.

Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle

De vigne folle avec les chaises de rotin...

Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin

Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent ; comme avant,

Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,

Chaque alouette qui va et vient m'est connue.

Même j'ai retrouvé debout la Velléda,

Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue,

- Grêle, parmi l'odeur fade du réséda."

Paul Verlaine

mardi 8 septembre 2009

les mots de M. sur Mauzac

"Ecrire un peu le temps d’un album de Brel.
J’adore ça, un coup de téléphone, une décision rapide (pour une fois) et me voilà sur les petites routes pour aller à la rivière. C‘est mieux que la mer, non ?
C’est adorable, quand j’arrive sur la place de Mauzac, D. vient me chercher. Ce tout petit village est situé sur la Dordogne, large et paisible à cet endroit. L’eau est si chaude en surface qu’on dirait la mer des Caraïbes, à la différence qu’au fond, les pieds sont au frais.
Je viens juste d’arriver, mais je suis déjà dans un canoë, avec un inconnu. Cet inconnu a un nom, Coco, un bonhomme qui ne veut pas abandonner sa jeunesse, ou qui veut la retrouver. C’est agréable parce que la communication est légère.
Là maintenant, Brel chante « au jour du grand voyage », il pleut et la lumière grise rentre par le velux du Niagara. C’est si différent de ce que je raconte. Ce doit être les contrastes du temps qui font que l’on ressent la vie par la peau et même le corps tout entier.
Le soir, je sers une bière pression pour la première fois de mes 29 années. A. est une nana avec qui je me sens de suite à l’aise. J’ai vraiment plaisir à être 3 jeunes femmes en toute simplicité, rien d’autre à faire que de se sentir bien. D’ailleurs les filles sont belles, je les sens paisibles.
La nuit est étoilée, je plonge dans les eaux noires de la Dordogne, l’impression est complètement différente d’un bain de jour. La nuit, l’eau enveloppe le corps comme un drap, elle est beaucoup plus lourde.
Des bruits viennent d’en bas, Catherine et Alain ont des invités « je veux qu’on rie, je veux qu’on danse ».
La chaleur me pèse, ou me saoûle, mais cette fois la rivière est toute fraîche. La matinée commence avec une balade en courpé que j’apprends à « conduire », c’est sympa de la part de Coco de faire ainsi confiance.
« toute seule, tu souris déjà » c’est pour toi et ta sérénité D.
Les soirs d’été sont un moment de paix : la chaleur tombe, le corps respire, les pensées s’apaisent. Cette balade en gabare à la fin du jour, assise sur la proue et devant un miroir d’eau, c’est jouissif. C’est un moment de liberté, de légèreté. Merci les filles, merci coco, pour laisser s’exprimer les sensations.
« Ne me quitte pas » Ce qui n’est pas agréable, c’est l’angoisse, mais l’euphorie ou les pleurs c’est un soulagement, l’expulsion de ce qui oppresse.
Alors pour finir cette journée, devant un ciel magnifique tombé dans la Dordogne et un pont de chemin de fer doré par le soleil, les larmes montent brusquement. Est-ce parce que dans l’eau, ou plutôt le ciel, mon père est apparu dans mes pensées ? Ou….
Marcher sur les rails d’une voie ferrée où un train peut arriver, et après avoir pris la mesure de la hauteur sauter du pont.
Trois moments intenses, et d’autres, mais ça, c’est le jardin de mon cœur."

mercredi 2 septembre 2009

le diable chante

Je suis d’humeur étrange depuis le début de la semaine.
Le contrecoup des vacances peut-être et certaines idées noires qui ont envahi ma tête.
Des envies de laisser se décanter les choses de tous les côtés et de ne pas prononcer un mot plus haut que l’autre ; des envies de rester dans mon coin à attendre le verdict du Juge.
J’ai rencontré le diable cet été, au mois d’août précisément et dans les Pyrénées. Chaque jour il m’apparaissait d’une façon déguisée mais je savais à chaque fois le reconnaître : je décryptais ses signes.
Je n’y ai pas prêté attention plus que ça. Je voyais les signes, pensais à lui puis pensais à autre chose.
Le deuxième jour après mon retour au travail, il a commencé à me parler ; il utilisait pour cela le canal d’émission de la station fip et se mettait à chanter alors que j’écoutais tranquillement cette radio, sauf que contrairement à toutes les chansons du monde, en plus d’une voix d’outre-tombe, sa chanson ne finissait jamais ; c’était assez musical par ailleurs, on entendait bien au fond quelques rythmiques, mais surtout cette voix déformée du diable qui chantait.
Aujourd’hui donc, troisième jour après mon retour, même phénomène : j’écoute fip, puis voilà le diable qui accapare la ligne et se met à chanter de sa grosse voix de basse aux ondes déformées ; je l’écoute tout en continuant à travailler ; je crois comme hier entendre le mot ashes revenir régulièrement mais les paroles sont inintelligibles sinon. Sa chanson ne s'arrête jamais.
Après cette longue et lente mélopée diabolique le voilà qui parle : c’est également inintelligible mais il n’y a plus de musique ni de rythme pour l’accompagner. Reste sa voix bizarre.
A ce moment je pars en pause déjeuner ; à mon retour il continue sa mélopée mais je n’ai plus envie de l’entendre alors je ferme la fenêtre de fip et c’est à nouveau le silence.
Est-ce que le diable chantera demain?

mardi 1 septembre 2009

septembrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr

Me dites pas que c'est le hasard si hier, 31 août, la journée était magnifique, la nuit aussi, claire, étoilée, enlunée, et qu'aujourd'hui, 1er septembre, il flotte.
Il y a forcément un petit (ou un gros) malin là-haut qui s'amuse à poser le décor rentrée des classes, fini les vacances, pas contents les enfants et les adultes, il pleut, et même si c'est encore l'été, dans la tête on pense déjà à l'automne.
Les vieux quand ils se rencontreront dans la rue ce matin avec leur petite capuche de plastique sur la tête diront "ah! ben vlà que c'est déjà l'automne"
je m'y attendais, le coup du 1er septembre qui sonne le glas de l'été, mais ça me paraît fort de café car là c'est une vraie caricature.
Ya forcément quelqu'un qui s'amuse quelque part, et il a pas tort: on est si crédules...