Il y a eu Alice Ferney, La conversation amoureuse, il y a eu Tournier (Eléazar ou la Source et le Buisson), John Fante (l'Orgie etc.), il y en a eu d'autres que j'ai oubliés...
Un extrait de Ask the Dust de Fante, que je n'ai pas encore lu:
«Des jours sans, des ciels bleus sans jamais un nuage, un océan de bleu jour après jour, et le soleil qui flotte dedans. Des jours d’abondance aussi, avec plein de soucis, plein d’oranges. On les mange au lit, on les mange au déjeuner, on se force à les avaler au souper. 5 cents la douzaine, les oranges. Soleil dans le ciel, soleil dans l’estomac - en jus. A l’épicerie du quartier en bas de chez moi c’étaient des Japonais, et à peine il me voyait débouler le Japonais hilare avec sa face d’obus, qu’il avait déjà le sac de papier à la main. Et généreux en plus ; il m’en mettait toujours quinze, des fois vingt pour une thune. "Vous aimer bananes ?" Tu parles. Et il me mettait une ou deux bananes. Plaisante innovation, ça, banane et jus d’orange. "Vous aimer pommes ?" Tu parles, et il me refilait une pomme ou deux. C’était nouveau comme mélange ça : oranges et pommes. "Vous aimer pêches ?" Pour sûr, et je ramenais le grand sac plein à dégueuler dans ma chambre. Intéressante innovation, ça, pêches et oranges. Je les déchirais à belles dents, je les mastiquais, le jus me vrillait l’estomac et gémissait là au fond. C’était si triste là en bas, dans mon estomac. Ca pleurait beaucoup, énormément même, avec des petits nuages gazeux qui me pinçaient le cœur. […] »
John Fante, Demande à la poussière (Ask the Dust), (c)Editions 10/18

