mercredi 27 janvier 2010

Ask the Dust

Il y a eu Alice Ferney, La conversation amoureuse, il y a eu Tournier (Eléazar ou la Source et le Buisson), John Fante (l'Orgie etc.), il y en a eu d'autres que j'ai oubliés...
Un extrait de Ask the Dust de Fante, que je n'ai pas encore lu:
«Des jours sans, des ciels bleus sans jamais un nuage, un océan de bleu jour après jour, et le soleil qui flotte dedans. Des jours d’abondance aussi, avec plein de soucis, plein d’oranges. On les mange au lit, on les mange au déjeuner, on se force à les avaler au souper. 5 cents la douzaine, les oranges. Soleil dans le ciel, soleil dans l’estomac - en jus. A l’épicerie du quartier en bas de chez moi c’étaient des Japonais, et à peine il me voyait débouler le Japonais hilare avec sa face d’obus, qu’il avait déjà le sac de papier à la main. Et généreux en plus ; il m’en mettait toujours quinze, des fois vingt pour une thune. "Vous aimer bananes ?" Tu parles. Et il me mettait une ou deux bananes. Plaisante innovation, ça, banane et jus d’orange. "Vous aimer pommes ?" Tu parles, et il me refilait une pomme ou deux. C’était nouveau comme mélange ça : oranges et pommes. "Vous aimer pêches ?" Pour sûr, et je ramenais le grand sac plein à dégueuler dans ma chambre. Intéressante innovation, ça, pêches et oranges. Je les déchirais à belles dents, je les mastiquais, le jus me vrillait l’estomac et gémissait là au fond. C’était si triste là en bas, dans mon estomac. Ca pleurait beaucoup, énormément même, avec des petits nuages gazeux qui me pinçaient le cœur. […] »

John Fante, Demande à la poussière (Ask the Dust), (c)Editions 10/18

comment ça du ciel bleu?

Allez aujourd'hui je remonte le store: y a du bleu dehors. Il fait un froid de canard. Hier devant le sushi boubou, après une de nos dernières sessions piscine ensemble avec J et L (je mens ils ont bu des bières en attendant que je sorte de la piscine), on a fumé une clope et il faisait si froid que j'avais l'impression d'être tombée dans un lac gelé. On a bu de la kirin, mangé des makis compliqués et j'ai chopé le 85 de justesse pour rentrer sur Saint-Ouen.
J'ai commencé le bouquin que m'a offert A., ça s'appelle Des hommes, ça parle des traces laissées par la guerre d'Algérie dans la tête (et le corps) de quelques bonshommes qui y étaient en tant que soldats, c'est écrit par Laurent Mauvignier que je ne connais pas et ça a l'air très bien, vraiment, vraiment, mais je n'ai lu que quelques pages puis ai sombré.

lundi 25 janvier 2010

les gens gentils (suite)

- "Merci beaucoup de votre message, j’ai en effet perdu ma carte navigo hier mais l’ai faite refaire aujourd’hui (c’est très efficace pour une fois), du coup celle que vous avez ramassée est déjà annulée…
vous n’étiez pas au cours de flamenco par hasard ?En tout cas merci et vous pouvez mettre mon ancien pass à la poubelle. Delphine"
- "Bonjour! Non je n'étais pas au cours de Flamenco, je l'ai trouvée car j'allais aux Caves Saint Sabin (ils organisent des soirées médiévales tous les jeudi, où tout le monde vient déguisé, le décor est très chouette, il y a des danses médiévales auxquelles tout le monde est invité à participer, des combats avec cottes de mailles, épées, etc...). Je mettrai donc l'ancienne carte à la poubelle! Je suis étonnée que la RATP ait été aussi rapide, mais tant mieux! De rien pour le service, c'est normal! Alexia"
Elle est sympa cette inconnue, non? Dans le métro on trouve de tout, des gens gentils, des fous et des pass navigo.
J'irai ptêtre faire un tour à une soirée médiévale aux caves Saint-Sabin un de ces jeudis pour danser le sabbat...

vendredi 22 janvier 2010

devine c'est qui sur la photo

les gens gentils

Subject: Urgent
"Bonjour! Excusez-moi de vous déranger, mais auriez-vous perdu une carte navigo dans Paris, précisément à la station Bréguet-Sabin? car j'en ai trouvé une hier soir à votre nom, mais peut-être s'agit-il d'un homonyme...Merci de me répondre vite! Bonne journée."
Alexia

les fous et les danseurs

Hier dans la ligne 5 - juste après avoir perdu mon pass navigo sans m'en rendre compte- entre Bréguet Sabin et Porte de Pantin. J'ai une jupe, des chaussures et un manteau noirs, je sors du flamenco.
Entre un gars avec un sweat à capuche, plutôt jeune, il vient direct vers moi:
- t'as pas 50 centimes?
- non
Il s'en va plus loin puis revient peu après
- t'es sûre t'as pas 50 centimes?
- non
Il me regarde bizarrement puis s'en va, change de rame; deux stations plus loin, il entre à nouveau dans ma rame, la traverse et vient directement vers moi:
- t'as 50 centimes, non? Tu sais tu vas mourir, alors pourquoi tu me les donnes pas? Tu peux me donner 50 centimes puisque tu vas mourir! Tu me prends pour un débile mental? Suis pas débile alors pourquoi tu me les donnes pas les 50 centimes? Tu les as hein? Tu les as ! A quoi ça va te servir puisque tu vas mourir?
- et toi pourquoi tu me parles, hein? Pourquoi tu me parles à moi? Est-ce que je t'ai parlé? Pourquoi tu me parles?
- arrête de me prendre pour un débile mental
- jte prends pour rien, arrête de me parler!
- ... pute, je sais que t'es le juge, tu crois que je t'ai pas reconnue... moi jvais te lécher le bourrichon, (...) tu vas voir, je te retrouverai, tu sais qu'un jour on se reverra, espèce de pute (...)etc.
Je lui lance un regard aussi noir que mon manteau, je n'ai pas peur, je suis irritée et je ressens de la lassitude, je lui lance un regard irrité et las.
Sur ce j'arrive à Porte de Pantin, entre dans le parc de la Villette et me dirige vers le théâtre; les portes sont déjà fermées mais l'ouvreuse m'ouvre (il y a une logique à cela) et je pénètre dans la salle de justesse (de justice?), m'enfonce profondément dans un fauteuil, écoute les sons qui m'environnent de partout dans l'obscurité, puis la lumière se fait sur la scène et les danseurs commencent à danser.
Le spectacle s'appelle: Des arbres sur la banquise; un arbre blanc tourne en continu au-dessus de la scène et efface petit à petit l'incident du métro.

mercredi 20 janvier 2010

mardi 19 janvier 2010

c'est l'heure

Nuit le matin, nuit le soir, nuit d'un bout à l'autre de la journée, nuit mêlée de gris parfois. Ding Dong c'est l'heure

L'heure de la frousse? Le soir est tombé, il y a des bruits de voix dans la cour et des éclats de lumière dans l'obscurité. C'est l'heure d'y aller, de partir, de s'en aller. Et mon thé est encore brûlant sur la langue

Il me dit "c'est bizarre, non?"

Je réponds: "Très..."

Sepetiba (suite et fin)

"On est reparti vendredi dernier du Brésil, en route pour la Turquie, côté Méd.
J'ai pu passé une aprèm et un début de soirée à terre et c'était bien agréable. Il faisait une chaleur d'enfer, on a marché un moment avant de se caler sous un parasol jaune skol sur une plage de sable noir (roche volcanique) pour boire de la bière bien fraîche et manger du poisson frit. Je me suis baigné, l'eau était vraiment chaude.
Après on est retourné traîner dans le bled (mangaratiba, Sepetiba est à côté) où il n'y avait pas grand chose à faire, et puis on est allé sur une autre plage, il commençait à faire bon, le soir tombait, et mon deuxième bain a été encore meilleur."

jeudi 14 janvier 2010

Extrait du Journal de Alix Cléo Roubaud

"Il fait beau aujourd’hui; le soleil tue lentement. Je suis ici à cet endroit où jadis je mourus et où je vais (plus tard!) remourir. Il faut que je retrouve ce jardin à Lariboisière. Je ne dois jamais regarder le soleil en face; il me brûle plus que la rétine; et pourtant sur tout le reste ! on a beau mettre ses mains dans ses poches, passer de l’autre côté du trottoir, il faut passer par ses nappes de lumière qui vous attaquent le visage. Même l’écrit a de l’ombre; ce couteau de la lumière, ce ciseau de la lumière, ce sang de la lumière partout (...)."
"Te disais que j’avais aimé la vie de loin passionnément mais sans l’impression d’y être ni d’en faire partie. Malheureuse, je photographiais de tranquilles pelouses et du bonheur familial. Désormais, un pied dans cette vie paradisiaque enfin là je photographie la mort et sa nostalgie. (J: 14)"

repas entre amis

Ils sont arrivés tard, comme à leur habitude, mais j'étais sans impatience, je réfléchissais à l'épisode curieux qui avait précédé leur arrivée, à l'apéro pris avec le grand E., aux propos échangés, à la sorte d'incompréhension qui nourrissait nos propos, à ses étranges réactions, fébriles, maladroites et embarrassantes, à la façon dont je me suis débarrassée de cet embarras, à la façon dont la gêne a persisté un temps dans l'air alors qu'il était parti, pendant que je préparais les galettes, découpais en petits morceaux des tomates, des oignons, des carottes, faisais revenir tout ça puis ajoutais la viande hachée, quelques épices, mettais la soupe à réchauffer, ouvrais le vin, écoutais la musique distraitement.
Ils sont arrivés, nous avons regardé les photos, mangé, bu, beaucoup parlé: A. racontait Kaboul, le travail dans le watsan system, les taleb, le hashish pour supporter la chaleur, les magnifiques chevaux afghans, puis les voyages dans le sud-marocain, et le reportage sur la fantasia sous l'écrasant soleil d'un été à Rabat, comment on lui avait volé son sujet, comment elle avait perdu toutes ses photos et son travail de recherche en Afghanistan quelques années plus tôt aussi et la déprime qui avait suivi ces divers épisodes.
ça m'a fait plaisir de vous voir; les amis réellement alimentent une chaleur en nous, comme un petit foyer...

mercredi 13 janvier 2010

Me & the Devil

Et Lhasa, que nous espérions retrouver sur scène prochainement, et qu'on écoutait tranquillement le 1er janvier, jour de sa mort, à Angers, dans les reliefs de fête et les vapeurs dissoutes du champagne dans l'air frais de la nouvelle année... et Mano Solo, et Kristina Rady qui n'a à voir qu'indirectement avec la musique mais quand même... la musique a peut-être son rôle dans ce suicide... et puis d'autres gens encore qui sont partis très loin je ne sais pas bien où.
J'écoute la magnifique voix de Chavela Vargas (En el último trago) et remue dans ma tête ces nouvelles morts et d'autres plus anciennes et voilà que sur fip passe une chanson intitulée Me & the Devil, suivie de Oxmo Puccino qui revenait souvent quand le diable faisait semblant de me parler, au retour de l'été foudroyant, cet été qui s'est abîmé si vite dans l'automne traversé de balaffres, le bel automne blafard et parisien, qui lui-même s'est fondu dans la neige, la neige qui est tombée partout pour habiller l'hiver.
J'ai traversé la France, écouté des tas d'émissions sur les routes grises pleines de pluie, de neige et de vent, me suis retrouvée devant la mer, là où elle est vraiment belle, près de chez moi en Bretagne sur la côte de granit rose. Nous avons fait beaucoup de feu dans la cheminée que je connais par coeur -c'est la plus vieille maison que je connaisse à présent, celle que je fréquente depuis le plus longtemps. Le séjour a été trop rapide mais chaque jour je suis descendue voir la mer. Puis ai repris un train bondé pour Vannes, de là Nantes, les ateliers du Royal Deluxe, puis Angers. (Les vitraux de la cathédrale d'Angers... c'est une merveille).
Puis Paris- Orly - Djanet.
Des palmeraies, des palmiers dattes, du sable, des concrétions rocheuses sorties d'un monde imaginaire, mer de pierre, plateaux lunaires, cyprès millénaires, peintures rupestres vieilles de milliers d'années, et les traces de l'eau qui avant recouvrait le désert, cette eau qui en ruisselant a créé de gigantesques canyons dans lesquels nous marchons dans un émerveillement qui dure, Un mundo raro.

Désert!

Je rentre du désert.
Longue marche dans le Sahara du sud-est algérien, près de la frontière lybienne, dans le Tassili n'Ajjer.
J'ai quitté les dunes et le sable sous un ciel étoilé comme on a trop rarement l'occasion d'en voir pour aterrir au petit matin dans la neige à Paris.
1er petit déj copieux dans l'avion vers 4h30, 2è petit déj également copieux (chocolatines + galette des Rois) à l'aéroport d'Orly un peu plus tard: on ne pouvait se séparer sans ça. Puis chacun est reparti par les chemins enneigés qui mènent jusqu'à chez lui. Nous avons traversé Paris du Sud au Nord, la ville est encore silencieuse - c'est dimanche matin.
Le soir je comatais sur un divan devant Le samouraï de Melville et la fatigue emportait mon cerveau qui s'est mis à imaginer que le parquet était recouvert de sable, qu'il y avait plein d'étoiles au plafond et que j'étais abritée sous un rocher découvrant la voûte céleste, comme c'était le cas chaque nuit passée dans le désert. Manquait peut-être l'odeur du feu de bois, l'odeur de fumée sur les vêtements, les percussions touareg sur les jerrican, et les mots prononcés en tamasheq.
C'est fou comme c'était beau...