Dk comme Dunkerque.
Il est tard quand je débarque à la gare; j'ai passé le trajet à me ronger les ongles en regardant de loin des épisodes de Lost sur l'ordi d'un gars assis dans la diagonale; parfois je ne vois que les sous-titres, aucune image, c'est pas grave, il fait tellement nuit dehors, je n'ai pas envie de lire, à vrai dire, je n'ai envie de rien, je suis à la fois speed et lasse; c'est l'effet vendredi; le train s'arrête partout, Arras, Lens, Bethune, Hazebrouck et Dunkerque son terminus...
A la gare, pas de 4L bleue; j'allume une cigarette, les filles arrivent peu après, elles n'ont trouvé aucun rade pour se sustenter; à cette heure-là il reste le Frit-Burger et le Kebab de la gare. Slurp. Puis on cherche le Bémol, un bar dont on leur a parlé à Boulogne-sur-Mer; après quelques tours de voiture dans la ville déserte, on finit par trouver. C'est karaoké, c'est blindé, ça gueule et ça boit de la bière...
On a chanté (un peu), puis ça a fermé, on est rentrées aux Passagers du vent...
La chambre est toute lambrissée, chaleureuse et décorée avec goût, et comme il n'y a pas de hasard, au lieu de la Bible que l'on peut trouver dans certains hôtels sur la table de chevet, sur une étagère au-dessus du lit se trouve un seul livre: L'usage du monde, la bible du voyageur.
Je pose Les racines du ciel le long de L'usage du monde et m'endors sans lire. Il est deux heures.
Petit-déj vers 10. Superbe, des petits pains aux pépites de chocolat ou nature, baguette fraîche, jus de fruit frais mixés, confiture de lait, miel d'églantier etc.
Longue promenade sur le bord de mer, le long de la plage et des villas cossues qui la bordent, jusqu'aux dunes et aux bunkers.
Retour dans un ciel mitigé, un peu de vent, des couleurs noyées - bleu, gris, oranger de la fumée qui sort des cheminées sur le port de Dunkerque. La Moule qui rit, le Roi de la Moule, service terminé, on débarque à l'équipage (?) où on s'en met plein la panse de trucs du coin: Welsh, Pot'je vleesch, escalope du Ch'ti au Maroilles, avec une bonne bière brune par-dessus - miam.
Après-midi bien avancée quand on reprend la 4L en direction de la Belgique pour aller visiter Furnes/ Vurnes. Fête foraine, manèges crachant une musique assourdissante sur la Grand place flammande, avec ses vieilles maisons aux toits en escaliers, briques, frontons sculptés, armureries, beffroi etc. Des tas de pâtisseries avec un air d'on n'est plus en France quand on se penche sur les vitrines; Une bière belge dans un petit café qui a exactement le même air d'ailleurs; la fonction est la même cependant tout est différent, mais on ne saurait dire précisément pourquoi: le poële en faïence? le carrelage rouge? les plantes sages et vertes? Le comptoir? Le rire des Flammands à côté? ça ressemble à un salon de thé dans lequel les gens boiraient en fait de la bière.
A la nuit tombée on rentre tranquillement vers Dunkerque, en longeant un canal puis la mer.
Le soir, de peur vu l'heure d'être prises au dépourvu comme hier, on va dans une grande brasserie -Les 3 Brasseurs, située dans un complexe centre commercial-cinéma vers les quais; il pleut, le centre-ville semble aussi désert que la veille, l'heure tourne, c'est pas que l'endroit ait l'air particulièrement sympathqiue mais on a peur de rien trouver d'autre alors on s'installe; un petit avantage à cet immense truc impersonnel: ils brassent leur propre bière, et elle est plutôt bonne. On mange assez mal; après il est minuit on n'a pas le courage de partir à la recherche d'un troquet, un rade quelconque pour boire un dernier coup, et puis dans tous les cas la 4L démarre pas; autour de nous le parking du centre commercial se vide; les séances de ciné sont terminées, il flotte, on fume une cigarette avant de refaire une tentative; ça marche, alors pour sûr on décide de rentrer se coucher.
Le lendemain ya des viennoiseries au petit-déj, qui s'étire s'étire en discussions avec notre hôtesse. On décolle vers midi pour la mer, la voir, s'y baigner pour M. (ancien défi à relever- l'eau est indiquée à 6° dans le journal...), puis on roule vers Bergues et sa foire aux bestiaux et tracteurs, qui a lieu chaque année au dimanche des rameaux. A nouveau manèges et musique assourdissante, vaches à viande qui ont des fesses pas possibles, tellement énormes et sur-dessinées que cela ne semble pas naturel: t'as l'impression de voir des milliers de steaks à la place du garrot; les fesses semblent dessinées pour faciliter la future découpe de la viande; puis les chevaux: de massifs traits du Nord, superbes, dont on ne sait à quoi ils sont destinés; quelques agneaux, des ânes, du matériel agricole, des petits producteurs, au milieu des vendeurs de bonbons, ustensiles magiques de cuisine, fringues moches comme dans tous les marchés. Je repars avec du lait frais, du fromage de Bergues, du yaourth artisanal de brebis, de l'ail, du saucisson (cèpes, beaufort, sanglier et noix).
Le soir en arrivant à Paris, on s'est fait un gratin avec le fromage de Bergues, histoire de continuer sur la lancée.