Dimanche ensoleillé. Bruit de fond de l'éternelle circulation. Paris 18è à l'heure de la sieste. Les trains ne font pas la sieste, inlassablement ils circulent, et roulent parfois sur un corps.
Encore un "accident de personne" ce matin. Antoine demande à son collègue "suicide ou accident?". Un suicide. Enième.
Mais bon ainsi va la vie (à la mort) et ainsi roulent les trains (sur les corps)
Les mots sont toujours ambigus. Ils vont parfois au-delà de ce que l'on pense, et c'est ce qui est intéressant avec eux. Et c'est aussi pourquoi ils peuvent être dangereux, on peut avoir des ennuis avec les mots (Lars von Trier, même si d'être congédié du festival, ce n'est pas un gros ennui).
Ainsi certains mots sont explosifs.
Quelle idée d'écrire dans un blog tous les 36 du mois. Si je ne suis pas capable d'être plus régulière, autant fermer la porte. Mais je la laisse entrouverte, je laisse traîner des affaires derrière, des trucs à ranger, avant de refermer. Parfois la porte claque sans que je le veuille.
Ainsi vont les choses
Ainsi de semaine en semaine court la vie, entre boulot et we, week-endes qui s'enchaînent, sans monotonie, calmes, au soleil, option barbecue sur balcon, longues discussions en soirées qui se prolongent jusqu'au dernier métro (il y aura toujours un dernier métro). D'ici, suivant le sens du vent, on pourrait presque entendre les messages inarticulés de la voix de gare du Nord ("le train n°... à destination de... va entrer en gare voie 3, éloignez-vous de la bordure du quai s'il vous plaît; nous rappelons aux voyageurs que les titres de transports doivent être ..."
Beaucoup de trains ces derniers we; beaucoup de RER entre les trains... bouh! Marre du rer (à prononcer à l'anglaise, histoire de varier un peu les sons que l'on recueille dans le fond de son oreille). Les voisins du dessous fument des gros bedos le dimanche; ils doivent travailler dans la com, enfin j'en sais rien, mais ils bossent parfois le soir tard sur leurs ordis, en fumant un pet (je sais pas comment ça s'écrit, ça fait bizarre à l'écrit).
Pendant qu'on se la coulait douce à Paris et ailleurs, Eva traversait l'Atlantique dans le mauvais sens, dans le sens contraire des alizés si j'ai bien compris, vent de face, du Brésil à Madère, en croisant dauphins et baleine (une), en pêchant un peu de poisson et en mangeant beaucoup de jardinières de légumes venues du monde entier (le bateau avait fait un tour du monde avant d'être mis au repos vers Salvador de Bahia). Bref une vie de barre à tenir des heures durant, face aux étoiles et à la mer, des calages à trouver pour tout car on vit penché du fait que ça gîte beaucoup, écoper l'eau, faire à manger, boire de la cachaça et surtout, regarder la mer et ses couleurs, ses vagues qui forment un paysage continuellement changeant, des levers de soleil et au loin la terre qu'on espère toujours j'imagine quand on est au milieu de l'Océan, au milieu du vide (rempli de choses), au milieu de rien.
15h47, faudrait peut-être bouger un coup.
Bouger une fesse, puis l'autre, manger une fraise, plonger ses doigts dans le thym citronné ou le basilic, en entendant passer les trains, éternellement. Et appeler maman, car c'est la fête des mères.

