Ai pris un train pour Arcachon samedi matin; un peu moins de 4 h après, me voilà sur un banc devant la gare, y a du vent et du soleil, j'attends qu'on vienne me chercher et joue avec mon enregistreur.
J'ai envie d'un we pépère et intimiste à la campagne, pas envie de faire d'effort vers l'extérieur, pas envie d'inconnu. Y en a déjà une d'inconnue, la copine de M., mais ma foi, j'essaie de me dire qu'elle doit être sympa et une personne nouvelle, je vais gérer.
Les filles arrivent, c'est la bohème dans la Xantia, le chien, des pagnes, des serviettes, des sacs, une gamelle, des bouteilles en plastique. On file vers Biscarosse (mais en version longue), arrivons à l'océan, nous attablons en bordure de mer pour des moules frites au soleil et au vent toujours, avec un peu de rosé par-dessus. Puis sieste au soleil sur la plage, on écrase, et au réveil, le ciel a changé de couleur, des nuages s'amoncellent venant des terres, ça sent la pluie, on file se baigner, beaucoup de vagues, des surfeurs, on joue un peu dans les vagues sans pouvoir nager. Premières gouttes, M. est partie balader la chienne, elle revient avec deux jeunes qui promènent un chien eux aussi (ce sont les seuls sur la plage), ils sentent un peu fort (ils ont oublié d'aller se baigner?) et nous proposent d'aller boire une bière dans leur camion; on n'ose pas dire non, la pluie a commencé à tomber, finement, alors on se rhabille et on les rejoint, mais bon "c'est le dawa dans le camion, on va aller ailleurs", mais celui qui a proposé de boire une bière n'a pas une thune, alors c'est nous qui l’invitons finalement. Après ce superbe demi sur une place pourrie et mouillée avec 2 énergumènes qu'on ne connaît ni d'Eve ni d'Adam, se profile un we différent de celui que j'escomptais: le gars qui a abordé M. veut retourner sur Paris, vu qu'elle lui a dit qu'on y allait le lendemain, il aimerait bien qu'on le remonte, ça lui éviterait l'auto-stop, assez aléatoire (surtout avec ses fringues et son clébard), mais il lui semble compliqué de nous rejoindre le lendemain, alors il demande si on peut l'emmener direct, comme ça il passera la soirée avec nous + toute la journée du lendemain avant qu'on reprenne la route à 4 + un chien dans une petite clio déjà blindée d'affaires; cette histoire me réjouit tellement que je dis à voix haute que grosse modo ça m'emmerde, mais j'ose pas insister, et nous voilà partis tous les 4 pour une soirée qui n'aura plus rien d'intime – mais qui sera sympa néanmoins. Et jusqu'à la fin il sera là, gentil, mais là, empêchant certaines conversations d'ordre privé, nous racontant partiellement sa vie et sa philosophie (faire la route); il a 21 berges, s'est cassé de chez lui à 15 ans, vit sur les routes et il aime ça; n'empêche qu'une fois sa tente montée dans le jardin, il demande s'il peut pas dormir à l'intérieur, que quand on lui propose du vin, il demande si y a pas du whisky, bref il goûte au confort même s'il a choisi la route. Je suis sans doute de mauvaise foi car le garçon est gentil et rien n'empêche quelqu'un qui a choisi cette vie d'aimer un peu le confort; mais bon, du coup j'ai l'impression de le subir et me dis qu'il se tape l'incruste pépère: M. le rencontre sur une plage un après-midi, le soir même il squattait chez sa mère, et là il squatte chez elle à Paris, car il a nulle part où crécher. Et bien je préfère que ça soit chez elle que chez moi. J'appellerai en fin de semaine pour savoir si son ami subi Franckie est toujours dans le coin, ou s'il a repris la route...