Je lis Disgrâce de Coetzee; suis rendue à un passage haletant et pense déjà au trajet retour où je pourrais reprendre ma lecture. Pour la première fois ce matin, j'ai lu en marchant, entre la sortie du RER et le bureau. je referme le livre en pénétrant dans le hall, fais la transition entre fiction et réalité dans l'escalier, allume l'ordi et c'est reparti. La machine fonctionne bien, qu'on ait envie ou non, on allume l'ordi, la messagerie professionnelle se met en route et voilà c'est reparti pour une journée. C'est presque magique. Qu'importe l'humeur, l'envie, la disponibilité d'esprit, le bien-être physique, nous voilà absorbé par l'écran, par tous ces mots tracés qui induisent des actions ou des réponses, souvent l'un puis l'autre.
V. me dit qu'il aurait bien suivi la suite des aventures de Frankie l'ami subi, il me reste 2, 3 trucs à raconter si j'ai le courage de revenir en arrière.
Pelouse tondue, buis taillé, la Seine qui s'écoule toujours dans le même sens, c'est bien rien n'a changé, chaque chose est à sa place, moi derrière l'ordi, à taper avec deux doigts (je sais c'est ridicule néanmoins je tape vite). Trop flemmarde pour changer mes habitudes de frappe.
Mes ongles poussent; un peu trop d'ailleurs, tous ces machins qui dépassent, susceptibles de griffer, qu'il faut limer, tailler mais pas trop car sinon ça revient à les ronger, bref, je suis pas très à l'aise avec mes ongles et je m'interroge régulièrement sur la manière dont on rompt avec une forme d'addiction, une pathologie légère mais réelle cependant (l'onychophagie). Pourquoi un jour on arrive à s'arrêter pour de bon, pourquoi d'autres fois on croit qu'on va y arriver puis on "replonge"; qu'est-ce qui se passe dans le cerveau qui commande le fait d'arriver ou pas à s'arrêter... je pense que ça dépasse la question de la volonté, pourtant presque toujours mise en avant quand il s'agit de rompre avec une dépendance/ une mauvaise habitude/ un tic etc.
Je sens que cela a à voir avec des choses beaucoup plus profondes, beaucoup plus enfouies, lointaines, fuyantes, dissimulées qu'une histoire de vouloir ou pas vraiment vouloir arrêter. Il se passe des choses très loin en nous qui ont pourtant des retentissements majeurs.
Je ne suis pas sûre que cette fois-ci sera la bonne, mais c'est pas grave, c'est intéressant de sentir que cette fois-ci n'a pas partie liée avec la volonté, en quelque sorte ça s'est fait comme ça ; mais je mentirais si je disais que c'en est fini: j'ai gardé les pouces à ronger. C'est stratégique: au lieu d'en sacrifier 10, si l'automatisme inconscient qui me les fait ronger reprend, j'en ai 2 à me mettre sous la dent. C'est pas beaucoup du coup j'y vais un peu fort, mais avant j'y allais fort sur 10 de toute façon, alors c'est un peu comme mes patch à moi.