Que puis-je bien dire de ce qui est arrivé? Et de ce qui arrive, ce qui continue d'arriver, inlassablement, comme une vague continuera de rouler sur le sable puis de se retirer, inlassablement.
Il ne se passe rien.
En surface, à peine quelques bulles qui viennent éclater. Presque tranquillement. Rien
Alors? Et bien rien, rien de rien.
Des traces d'émotion, au détour d'un parfum, la voix de l'autre.
Elle est partie, et puis c'est lui maintenant qui va partir, alors tout continue mais en même temps tout me quitte.
Tout est pareil et restera inchangé... mais sans eux. Eux ne sont plus, ne seront plus, vont disparapître à l'horizon du monde, cendres, mer, océan.
Tout continue. Se lever, travailler, manger, aimer, dormir. Lire, un peu. Tout est normal, absolument normal, le quotidien ne fait pas de vagues.
Aucune vague à l'horizon marin.
La déferlante...? A d'autres...
tout est secret, enfoui et travaille secrètement, dans les replis du cerveau, de la mémoire, dans les allusions de l'inconscient, la nuit, lorsqu'on se réveille en sursaut pour s'arracher au rire diabolique d'un chat qui a planté ses griffes profondément dans notre cou, pour s'arracher à la tempête qui rugit dehors, ouvre violemment les portes tout en nous enfermant dedans, dedans l'espace du rêve qui a tourné au cauchemar, des rêves où le diable est là, pas en personne mais par ses manifestations diaboliques, le diable aussi c'est sexuel? Puisque tout dans les rêves semble donner lieu à des interprétations sur la sexualité, activité pulsionnelle entre toutes.
Hier un morceau de foulard, cette odeur d'elle qui reste si forte dedans qu'on n'ose dormir avec de peur qu'au matin l'odeur soit partie, qu'elle se soit mêlée de notre odeur et se soit dénaturée, que ce ne soit plus son odeur mais déjà un peu la nôtre, ce foulard auquel on s'agrippe chacune d'un côté, le respirant avec un sourire étrange: comment ce qui est mort peut continuer d'exister autant dans un parfum? dans un morceau de tissu plein de l'odeur de celle qui a disparu? Cela semble presque fou. Alors pour préserver l'odeur on remet le foulard avec d'autres menues affaires à l'abri d'un tiroir.
Déjà le pull rose ne sent plus; je l'ai porté un seul jour et l'odeur est partie...
Et de toi, que me restera-t-il, mis à part des photos que je ne voudrais sans doute pas regarder trop vite? Que me reste-t-il de toi? qui soit vraiment à toi? A-t-on fait le ménage si vite dans sa vie qu'on a effacé les traces de ce qui était là avant, de ce qui a été long, exclusif, vital...de ce qui a été dur parfois, douloureux, envahissant, étouffant, destructeur, drôle, suffocant, dérisoire parfois, mais si important tout le reste du temps...


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